Blog de Tara, ONG pour les enfants des rues à Delhi, Inde.

mercredi 22 février 2017

La langue de Molière à TARA Boys

Par Véronique, professeur de français à TARA Boys

Lorsque l’on arrive en Inde, on commence par se poser les questions suivantes :

Où vais-je ?
Que faire ?

Il y a tant à faire. C’est durant l’été 2016, que j’ai fait mon entrée en tant que professeur de Français chez les TARA Boys. Les 20 garçons étaient en vacances, ils avaient besoin d’une volontaire pour faire les cours de Français. Je pris donc rendez-vous après m’être entretenue avec l’équipe pédagogique avec ces 20 garçons.

Notre première rencontre eut lieu dans la pièce qui sert de classe, de réfectoire, de salle TV chez les TARA Boys .Ils étaient tous à la fois curieux, réservés, souriant malicieusement pour savoir à quelle sauce ils allaient me charmer. Je me présentai, tout en les observant tout comme ils le faisaient pour moi. Je sentis que le contact passa lors d’échanges de sourires, nous pouvions commencer à étudier.

Ma motivation est de leur faire passer l’examen, premier niveau de Français. Challenge pour eux et pour moi. Le potentiel de ces TARA Boys est extraordinaire. L’humeur est toujours joviale, appliquée. Ils veulent apprendre même si c’est toujours difficile de jouer avec la langue de Molière.

Après six mois d’enseignement, je suis enthousiaste car je les sens capable de converser de plus en plus ; leur curiosité s’affine et certains qui ont Français à l’école souhaitent des cours complémentaires .C’est le meilleur signe qu’ils seront bientôt bilingues .

Le monde est à leur porte et je suis ravie de les aider à y entrer.


mardi 7 février 2017

Noorjahan, future championne de jiu-jitsu

Deux fois par semaine, les TARA Girls installent un tatami rouge et bleu sur le sol de leur salle d'activités et s'assoient dans le calme et la discipline pour démarrer leur cours de Jiu Jitsu . Comme leur professeur l'explique, le Jiu Jitsu brésilien est "un art martial qui repose sur la conviction qu'une personne physiquement plus petite ou plus faible peut se défendre avec succès contre un assaillant plus fort grâce à une bonne technique mettant à profit les effets de levier et la rapidité".

Les TARA Girls apprennent, pratiquent et répètent patiemment les techniques qu'il leur enseigne pour faire le meilleur usage de leur énergie et retourner la propre force d'un adversaire contre lui. En effet, le jiu-jitsu est fondé sur les principes de distribution des poids et d'équilibre plus que sur la force et c'est ce qui le rend si efficace. Il permet à chacun, indépendamment de ses capacités physiques, d'utiliser ces techniques pour se défendre.

De plus, le jiu-jitsu est un moyen d'entretenir la santé des enfants qui se dépensent tout en développant une compétence. Il permet également d'accroître leur confiance en eux, en leur prouvant qu'ils sont capables de se défendre par eux-mêmes. La philosophie du jiu-jitsu enseigne à ses élèves de ne jamais abandonner et toujours donner le meilleur d'eux-mêmes. La capacité de concentration est primordiale pour le jiu-jitsu mais est également un atout fondamental dans bien d'autres circonstances !

Enfin, si les victoires peuvent accroître la confiance en soi, elles n'arrivent jamais qu'après d'innombrables défaites. Ces expériences développent l'humilité et le sens du travail.

Parmi les TARA Girls, Noorjahan semble avoir développé une réelle passion pour cet art ; en plus des cours collectifs des TARA Girls, elle bénéficie donc désormais de cours particuliers à TARA Girls. Peut-être une future championne !
Vous pouvez jeter un coup d'oeil à ses progrès ici :


mardi 10 janvier 2017

L'ouïe aiguisée de Sunil

En juillet, Sunil s’est plaint de problèmes d’audition et de douleurs à l’oreille gauche. Son docteur à Max Hospital a alerté TARA sur l’évolution de la pathologie vers une perte totale d’audition et la possibilité d’une paralysie faciale ; il a donc suggéré une Tympanomastoïdectomie (à dire sans respirer !). Grâce à la générosité du Dr. Arvind Kacker (spécialiste ORL à l'hôpital Delhi ENT à Jasola) et à celle de son père, la chirurgie a été gracieusement réalisée le 10 Octobre par le Dr. S.K Kacker à l’hôpital Delhi ENT.

Le tympan de Sunil a été remplacé et les parties endommagées des os de son oreille soutenues au moyen d’une greffe provenant de son aponévrose temporale.

Sunil avoue sans peine que la perspective de l’opération était assez effrayante mais, aujourd’hui rassuré, il explique : « l’équipe de l’hôpital ENT Delhi a été fantastique, je n’ai ressenti aucune douleur même lorsque les fils des points de suture ont été retirés ! »

Le jeune homme peut désormais entendre sans difficulté et profiter pleinement de ses vingt ans.

Cette chirurgie réussie est le résultat d’un beau travail de coopération et voici la liste des personnes que Monsieur Sunil tient à remercier tout particulièrement :

- Basanti, Project Manager de TARA Big Birds
- Ridhima,Medical Officer à TARA
- Rakesh, TARA Big Bird & colocataire de Sunil, pour l’avoir soutenu, aidé et avoir pris soin de lui tout au long de sa convalescence.
- Toute l'équipe de l'hôpital ENT Delhi
      Sunil et Ridhima après l'opération

Deux mois après la chirurgie, Sunil rayonne : « Cette opération a rendu ma vie bien plus simple ! »

Est-il plus grande réjouissance pour lui que de pouvoir enfin entendre la douce mélodie des chants de Noël des TARA Tots...?

lundi 12 décembre 2016

Diwali à TARA : un véritable marathon

Diwali, la plus grande fête de l’année en Inde. On y célèbre le retour du prince Ram dans son royaume, Ayodhya, après des années d’exil contées dans la grande épopée du Ramayana. Pour cette grande occasion, des bougies sont allumées au seuil de chaque foyer et pétards et feux d’artifice retentissent dans toute la ville . Petits et grands se réjouissent de cette nuit de Diwali plusieurs jours à l’avance. A TARA également, Diwali est un marathon qui se prépare…

21 octobre : début des préparatifs : atelier origami des TARA Boys qui confectionnent des porte-cuillères pour le grand soir. Admirez l’ornementation sophistiquée : ganeshas en papier découpé aux yeux mobiles et leur colle à paillettes sur le front !



22 octobre: les TARA Girls plient et replient les serviettes pour leur donner la forme d’une flamme. Elles les ornent ensuite d’un rond de serviette représentant une bougie traditionnelle de Diwali.

28 octobre : préparation de la Mela à TARA Tots où les enfants s’appliquent à décorer des assiettes qui accueilleront dans quelques jours des montagnes de friandises…

29 octobre : c’est au tour des garçons de confectionner serviettes et ornements de verre à l’effigie d’Hanuman, le dieu singe.

31 octobre : DIWALI !

Les TARA Tots invitent à leur grande Mela le personnel, les professeurs, les volontaires ainsi que quelques Boys et Girls triés sur le volet : tous les visiteurs se sont vus remettre des billets de monopoly à l’entrée et ont pu ainsi repartir avec quelques perles (colliers, bracelets, cartes, bougies…) de l’artisanat "Totsien".

A TARA Girls, on s’active car la maison s’apprête à accueillir une soixantaine de personnes pour la grande fête. Après la confection de porte-cuillères (qui a dit que les détails étaient insignifiants ?), il est temps d’installer la décoration avant l’arrivée de tous les invités à 18 heures.

Devant le personnel, les volontaires et les parrains qui nous ont fait le plaisir d’être présents, les TARA Girls donnent une représentation mémorable de Bharatnatyam, danse traditionnelle indienne. Les TARA Boys ne sont pas en reste avec leurs danses Bollywood et même Tollywood (musique de cinéma du sud de l’Inde) et les prestations sont très applaudies. Meenakshi, Noorjahan, Soni, Meena, Lokesh et Mohid s’enhardissent même à réciter quelques poèmes !
Enfin, tout le monde se retrouve autour d’un délicieux buffet gracieusement offert par Nadia de la boulangerie Française de Delhi, L’Opéra.

Pour brûler les calories de ces exquises douceurs françaises, la musique repart de plus belle et tous se prêtent à une danse Bollywood improvisée et endiablée jusqu’à ce qu’il soit l’heure pour les enfants de ranger.
A 21 heures, c’est l’extinction des feux chez les TARA Girls tandis que les TARA Boys rentrent sagement chez eux.

Dehors, les bougies continuent de briller aux portes de chaque foyer et le vacarme des pétards durera toute la nuit…

mercredi 30 novembre 2016

Master Chef à TARA Tots

Aujourd'hui, Eleonora, journaliste culinaire et volontaire à TARA s’est prêtée au jeu de l’écriture pour nous.

C’est un lundi après-midi à la maison des Tots.
Quand j’arrive, l’ambiance est égale à elle même: les enfants sont tous occupés. Ils jouent, ils font leurs devoirs, d’autres aident à plier la montagne de vêtements de la lessive du jour.

Valérie arrive tous les lundis à quinze heures. Elle est très attendue, avec ses sacs pleins d’ingrédients, d’outils inconnus, de parfums et de surprises. Son arrivée est une fête pour les enfants et moi, simple spectatrice, suis impressionnée par son calme, son sourire et surtout sa patience.
« Qu’est ce qu’on va faire aujourd’hui ? » Ce sont les mots de bienvenue des enfants, chaque fois qu’elle arrive.
Elle a commencé son activité cuisine au mois d’avril dernier, chez les plus petits de la famille TARA, en proposant une animation qui puisse faire plaisir aux enfants et qui soit en même temps ludique et pédagogique.
Elle conte que « Certains ont le bon geste tout de suite. D'autres sont maladroits. Certains sont volontaires et même hardis quand il faut couper, d'autres craignent d'utiliser le couteau ».

Les enfants participent à l’activité en groupe de cinq. Ils commencent toujours par se laver les mains, puis mettent leurs tabliers et enfin ils sont prêts à découvrir la recette du jour, en suivant les indications de Valérie qui les guide dans l’apprentissage des gestes : couper, écraser, étaler, découper à l’emporte-pièce, etc. Ils développent ainsi leur sens du toucher à travers les textures (collant, granuleux...) et leur goût (acide comme le citron, sucré comme une banane).
À la fin de l'activité, ils aident à nettoyer la table pour le groupe suivant, consolidant ainsi les notions d’hygiène inculquées à TARA.
Valérie essaye aussi de leur apprendre que même si c’est un loisir, un divertissement, on ne gâche jamais la nourriture et que le résultat final, le goût lui- même, dépend du dosage des ingrédients et de la bonne façon de les travailler.

Valérie : « Lors des premières séances, lorsque je partageais les "restes", biscuits supplémentaires, fruits en surplus, j'ai été très étonnée de voir qu'ils se jetaient dessus et engloutissaient ça à grosses bouchées. Comme si cela aurait pu leur être repris. Maintenant, ils sont plus mesurés. »

Derrière l’objectif de mon appareil photo, je les regarde travailler, je découvre la relation désormais consolidée en sept mois de travail ensemble, entre elle et les petits. C’est du travail sérieux, tout dans la bonne humeur, les rigolades, les turbulences de quelques-uns, les petits rappels à l’ordre et les mains à la pâte, qu’à la fin on suce, comme de véritables petits gourmands.

« Depuis avril, j'ai pu remarquer des changements. Sans attribuer cela à cette seule activité, certains ont fait de gros progrès dans l'habileté à effectuer les manipulations demandées. Je leur montre comment tenir le couteau pour couper, comment utiliser la fourchette pour écraser... Les nounous qui aidaient beaucoup les plus petits au début n'interviennent quasiment plus », explique Valérie.
Valérie me raconte que la principale difficulté pour animer son atelier c’est de ne pas pouvoir utiliser la cuisine. Les enfants ne sont pas autorisés à entrer dans la cuisine. Elle doit donc choisir des recettes qui ne nécessitent pas de four ou de gaz, ce qui représente un grand effort de créativité de sa part.

En cuisine, les secrets des meilleurs chefs sont toujours bien gardés, mais Valérie accepte de me dévoiler deux anecdotes amusantes :
- « À mon arrivée, lorsque je n'ai pas dit ce qu'on préparerait, il y a la question rituelle : what are we making today ? Avec leur façon bien chantante de poser la question. Puis, ils regardent ce que j'ai apporté pour deviner la recette du jour. Je les prends par groupe de 5. Une séance consistait dans un premier temps à préparer une crème à base de caramel de lait et de noix broyées. Puis étaler cette crème sur des biscuits, façon sandwich. Le premier groupe prépare ça "sérieusement". Mais j'avais surestimé la quantité de crème pour les biscuits. Chacun avait un petit reste dans son assiette. Je les ai autorisés à manger ce petit reste, la valeur d'une cuillère à café, tout de suite. La nouvelle s'est vite répandue. Les enfants suivants étalaient de moins en moins de crème, et en laissaient de plus en plus dans l'assiette. Les derniers biscuits n'ont eu qu'une très fine couche de crème ! »

- « Mon plus grand étonnement. Pour Diwali, je leur ai fait préparer de la pâte d'amande pour fourrer des fruits secs, mélanger de la poudre d'amande, du sucre et une petite goutte d'eau pour agglomérer le tout.
Et c'est la petite Anita, une des plus jeunes, qui a tout de suite eu le bon geste, comme si elle avait fait ça toute sa vie ! Elle s'est à peine salie le bout des doigts, là où les autres avaient tous la main bien poisseuse ! »

TARA remercie chaleureusement ses volontaires pour le travail qu’ils font au quotidien pour les enfants. Nous ne vous remercierons jamais assez de votre contribution, qui permet chaque jour d’éveiller, d’éduquer, de préparer au mieux les enfants à devenir des adultes citoyens et d’appréhender le monde qui les entoure avec confiance, dignité et discernement.
Dinesh, Valérie, Fayyum et Khushboo