Blog de Tara, ONG pour les enfants des rues à Delhi, Inde.

mercredi 19 mai 2010

Retrouvailles

Il y a 11 ans, dans une rue de New Delhi, deux frères nommés Sidhu et Sidhant ont couru… dans des directions opposées. Deux petits garçons séparés par la vie qui ne se sont jamais retrouvés.

« Je cherche mon frère » nous avait dit Sidhu à son arrivée à Tara. Nous l’avons aidé du mieux que nous pouvions mais dans un pays d’un milliard d’habitants, comment retrouver Sidhant ? Nous avions fini par perdre espoir. Il y a quelques jours, lors d’une convention d’ONG, nous a appris par hasard que Sidhant était bien vivant, qu’il habitait à Delhi. Quelques jours plus tard, les deux frères se sont retrouvés nez à nez. Comment décrire ce qui s’est passé quand leurs regards se sont croisés ?



Le reste leur appartient. C’est avec leur accord que nous publions cette photo, prise leur jour de leurs retrouvailles.

Sidhant est aujourd’hui un jeune homme de 20 ans, qui vient de passer son bac. Sidhu n’est plus seul au monde. Les miracles existent, nous pouvons le certifier.

mardi 18 mai 2010

Argh...

L’école avait commencé depuis plusieurs semaines quand nous avons reçu cet étrange appel du Principal de Sarvodya : une nouvelle circulaire du Ministère de l’éducation nous demande de fournir un certificat de classe 8 (4e dans le système français) pour les élèves de classe 9, soit Suman, Jaan et Sidhu.

    Un certificat que nous ne pouvons bien entendu pas fournir étant donné la situation particulière de nos garçons. Les supplications au ministère n’y ont rien fait, nos 3 grands ont dû quitter la classe. Une déception au caractère particulièrement humiliant qui a littéralement désespéré nos garçons.

Suman étant le plus jeune, nous avons décidé de le rétrograder en classe 8. Reste à le remotiver, ce qui n'est pas une mince affaire.
Pour Sidhu et Jaan, plus âgés et plus avancés dans leurs études, un tel retour en arrière n’aurait aucun sens, nous avons donc décidé de les garder à Tara, les préparer via un système par correspondance et un soutien de notre équipe pédagogique pour passer l’an prochain leur examen de classe 10, très important en Inde et qui devrait leur permettre de récupérer le système de droit commun en 2011 s’ils obtiennent des notes supérieures à 60%.

Hauts les cœurs ! Les nouvelles ne sont pas toujours roses à Tara. Une fois encore, ce seront le courage et la détermination de nos garçons qui feront la différence.

dimanche 9 mai 2010

Culottes longues et culottes courtes

Voici la composition des équipes d'écoliers :
  Équipe Laxman
Laxman Public School a admis Sameer et Lokesh en grande section de maternelle. Asif, quant à lui en 6e, était stupéfait devant l'impressionnante liste d'options proposées aux élèves comme partie intégrante de leur cursus. On aurait dit qu'il était au restaurant, devant la carte des desserts. C'est en se pourléchant les babines qu'il a choisi les cours de français, le club informatique et le roller.
  Équipe Sainte Marie
St Mary School a admis Shyamu sans difficultés en CE1 où il impressionne la maîtresse avec son anglais. Javed a été admis en 5e grâce à un incroyable numéro de charme à la Principale "Madame, aller à l'école c'est le rêve de ma vie". Javed irradie, tellement fier d'évoluer au milieu des enfants polis et éduqués de cette prestigieuse école. Il s'est lui aussi mis au Français en 3e langue et récite d'un air gourmand ses verbes du premier groupe.
  Le Légionnaire de Saint Paul
Diljoo, qui avait réussi 3 examens d'entrée dans des écoles différentes, joli parcours, se heurtait à chaque fois à des problèmes d'effectifs dans les classes et s'est retrouvé en liste d'attente. Une longue et angoissante attente qui s'est soldée par une admission en CM2 à St Paul School, une école accréditée par le British Council. Le soulagement sur son visage a remué les tripes des plus solides d'entre nous. Diljoo est ensuite tombé en adoration devant le personnage de Saint Paul, dont il nous vante régulièrement les mérites.
  Équipe Sarvodya
Nous avions identifié cette bonne école publique hors de notre secteur et avons dû négocier âprement pour que nos garçons y passent un test d'admission. La Sarvodya Vidyalya de RK Puram, connue pour son bon niveau en maths et en sciences, a admis Kishan en CE1, Ramu en CM1, Afrez et Rakesh en 6e, Sunil et Suraj en 5e, Suman, Sidhu et Jaan en 3e.
  Le cas Rajesh
Rajesh, dont l'agitation a mis à l'épreuve la patience de bien des maîtresses et des volontaires de Tara, expert en dégustation de gomme et en perturbation de classe, restait le cas difficile à résoudre. Comment le faire admettre dans l'un de nos établissements partenaires sans compromettre notre réputation sur 16 générations ??
C'est finalement l'école Sainte Mary qui lui a donné sa chance dans une classe de petit effectif, avec une maîtresse particulièrement attentive. Rajesh est pris en CE1 à l'essai et comme l'indique sa mimique ci-contre, il est conscient qu'il doit gagner sa place en se bien comportant. L'effet stimulant de cette marque de confiance s'est immédiatement manifesté. C'est désormais un Rajesh transformé qui nous réclame des devoirs supplémentaires ! Les miracles existent, reste maintenant à tenir la distance...

Et pour répondre à la question posée par le titre de ce post, la culotte courte est portée en primaire et laisse sa place au port du pantalon au collège.
Dans la plupart des cas et à une exception près, saurez-vous la trouver?

samedi 1 mai 2010

Le prestige de l'uniforme

Voici la photo la plus demandée par nos fidèles lecteurs depuis le début de notre jeune histoire: cette fois ça y est, tous les garçons sont scolarisés (et bien scolarisés) !



Revenons sur les épisodes précédents : nous avions déscolarisés les enfants il y a un an quand nous avons réalisé le niveau catastrophique de l’école voisine où ils se rendaient. La plupart des établissements souffrant des mêmes carences, nous avons fait le pari de faire admettre les enfants dans des écoles de meilleur niveau, avec une éducation en Anglais et un diplôme reconnu à la clé.

C’était, nous l’avons vite compris, vouloir franchir le très haut mur de ségrégation sociale dressé autour des bons établissements.

Notre coordinatrice pédagogique Liz est entrée en contact avec 9 écoles publiques et 28 écoles privées, un parcours du combattant et une épreuve pour les nerfs. Quelques litres de thé ingérés plus tard, de discussions de marchand de tapis avec les Principaux (nous avons été jusqu’à troquer des cours de Français contre une admission) en supplications au Ministère de l’Education pour faire admettre des garçons sans papiers d’identité ni acte de naissance, Liz a fait carton plein puis, sa mission accomplie, s'en est rentrée le cœur léger en sa natale Angleterre.

Nous reviendrons très bientôt en détail sur les affectations des uns et des autres.
Pour aujourd'hui, nous savourons ce beau pied de nez à la fatalité.