Blog de Tara, ONG pour les enfants des rues à Delhi, Inde.

mercredi 30 novembre 2016

Master Chef à TARA Tots

Aujourd'hui, Eleonora, journaliste culinaire et volontaire à TARA s’est prêtée au jeu de l’écriture pour nous.

C’est un lundi après-midi à la maison des Tots.
Quand j’arrive, l’ambiance est égale à elle même: les enfants sont tous occupés. Ils jouent, ils font leurs devoirs, d’autres aident à plier la montagne de vêtements de la lessive du jour.

Valérie arrive tous les lundis à quinze heures. Elle est très attendue, avec ses sacs pleins d’ingrédients, d’outils inconnus, de parfums et de surprises. Son arrivée est une fête pour les enfants et moi, simple spectatrice, suis impressionnée par son calme, son sourire et surtout sa patience.
« Qu’est ce qu’on va faire aujourd’hui ? » Ce sont les mots de bienvenue des enfants, chaque fois qu’elle arrive.
Elle a commencé son activité cuisine au mois d’avril dernier, chez les plus petits de la famille TARA, en proposant une animation qui puisse faire plaisir aux enfants et qui soit en même temps ludique et pédagogique.
Elle conte que « Certains ont le bon geste tout de suite. D'autres sont maladroits. Certains sont volontaires et même hardis quand il faut couper, d'autres craignent d'utiliser le couteau ».

Les enfants participent à l’activité en groupe de cinq. Ils commencent toujours par se laver les mains, puis mettent leurs tabliers et enfin ils sont prêts à découvrir la recette du jour, en suivant les indications de Valérie qui les guide dans l’apprentissage des gestes : couper, écraser, étaler, découper à l’emporte-pièce, etc. Ils développent ainsi leur sens du toucher à travers les textures (collant, granuleux...) et leur goût (acide comme le citron, sucré comme une banane).
À la fin de l'activité, ils aident à nettoyer la table pour le groupe suivant, consolidant ainsi les notions d’hygiène inculquées à TARA.
Valérie essaye aussi de leur apprendre que même si c’est un loisir, un divertissement, on ne gâche jamais la nourriture et que le résultat final, le goût lui- même, dépend du dosage des ingrédients et de la bonne façon de les travailler.

Valérie : « Lors des premières séances, lorsque je partageais les "restes", biscuits supplémentaires, fruits en surplus, j'ai été très étonnée de voir qu'ils se jetaient dessus et engloutissaient ça à grosses bouchées. Comme si cela aurait pu leur être repris. Maintenant, ils sont plus mesurés. »

Derrière l’objectif de mon appareil photo, je les regarde travailler, je découvre la relation désormais consolidée en sept mois de travail ensemble, entre elle et les petits. C’est du travail sérieux, tout dans la bonne humeur, les rigolades, les turbulences de quelques-uns, les petits rappels à l’ordre et les mains à la pâte, qu’à la fin on suce, comme de véritables petits gourmands.

« Depuis avril, j'ai pu remarquer des changements. Sans attribuer cela à cette seule activité, certains ont fait de gros progrès dans l'habileté à effectuer les manipulations demandées. Je leur montre comment tenir le couteau pour couper, comment utiliser la fourchette pour écraser... Les nounous qui aidaient beaucoup les plus petits au début n'interviennent quasiment plus », explique Valérie.
Valérie me raconte que la principale difficulté pour animer son atelier c’est de ne pas pouvoir utiliser la cuisine. Les enfants ne sont pas autorisés à entrer dans la cuisine. Elle doit donc choisir des recettes qui ne nécessitent pas de four ou de gaz, ce qui représente un grand effort de créativité de sa part.

En cuisine, les secrets des meilleurs chefs sont toujours bien gardés, mais Valérie accepte de me dévoiler deux anecdotes amusantes :
- « À mon arrivée, lorsque je n'ai pas dit ce qu'on préparerait, il y a la question rituelle : what are we making today ? Avec leur façon bien chantante de poser la question. Puis, ils regardent ce que j'ai apporté pour deviner la recette du jour. Je les prends par groupe de 5. Une séance consistait dans un premier temps à préparer une crème à base de caramel de lait et de noix broyées. Puis étaler cette crème sur des biscuits, façon sandwich. Le premier groupe prépare ça "sérieusement". Mais j'avais surestimé la quantité de crème pour les biscuits. Chacun avait un petit reste dans son assiette. Je les ai autorisés à manger ce petit reste, la valeur d'une cuillère à café, tout de suite. La nouvelle s'est vite répandue. Les enfants suivants étalaient de moins en moins de crème, et en laissaient de plus en plus dans l'assiette. Les derniers biscuits n'ont eu qu'une très fine couche de crème ! »

- « Mon plus grand étonnement. Pour Diwali, je leur ai fait préparer de la pâte d'amande pour fourrer des fruits secs, mélanger de la poudre d'amande, du sucre et une petite goutte d'eau pour agglomérer le tout.
Et c'est la petite Anita, une des plus jeunes, qui a tout de suite eu le bon geste, comme si elle avait fait ça toute sa vie ! Elle s'est à peine salie le bout des doigts, là où les autres avaient tous la main bien poisseuse ! »

TARA remercie chaleureusement ses volontaires pour le travail qu’ils font au quotidien pour les enfants. Nous ne vous remercierons jamais assez de votre contribution, qui permet chaque jour d’éveiller, d’éduquer, de préparer au mieux les enfants à devenir des adultes citoyens et d’appréhender le monde qui les entoure avec confiance, dignité et discernement.
Dinesh, Valérie, Fayyum et Khushboo

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